Ces derniers mois, j’entends de plus en plus souvent la même réponse lorsque je pose une question très simple à nos visiteurs :
« Comment avez-vous trouvé cette expérience ? »
Jusqu’à récemment, les réponses étaient presque toujours les mêmes : Google, notre site internet, les réseaux sociaux, une plateforme de réservation ou la recommandation de quelqu’un.
Aujourd’hui, une autre réponse revient de plus en plus souvent :
« Nous avons demandé à l’intelligence artificielle. »
Et c’est probablement l’un des changements les plus intéressants que l’on observe actuellement dans le monde du voyage.
La véritable nouveauté n’est pas seulement l’apparition d’un nouvel outil numérique. Ce qui change, c’est la manière dont les voyageurs recherchent des informations et, surtout, la manière dont ils demandent conseil pour préparer un voyage.
Avant, nous cherchions. Aujourd’hui, nous demandons.
Pendant des années, organiser un voyage signifiait ouvrir un moteur de recherche et taper quelque chose comme :
« que voir à Cagliari »
« meilleurs restaurants à Cagliari »
« dégustation de vins en Sardaigne »
« que faire en Sardaigne en trois jours »
Aujourd’hui, un voyageur peut poser une question beaucoup plus précise.
Par exemple :
« Je vais passer quatre jours à Cagliari. Je m’intéresse surtout à la gastronomie et au vin, j’aimerais éviter les expériences trop touristiques, j’aurai une voiture et je souhaiterais également rencontrer des producteurs locaux. Que me conseillez-vous ? »
La différence peut sembler minime, mais elle ne l’est pas.
Le voyageur ne demande plus simplement une liste de résultats.
Il explique qui il est, ce qu’il aime, combien de temps il a et quel type de voyage il souhaite vivre.
Et il demande à l’intelligence artificielle de transformer toutes ces informations en recommandations personnalisées.
L’IA fait déjà partie de l’organisation des voyages
En 2026, l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la préparation des voyages n’est plus seulement une hypothèse.
Google a observé une forte progression des recherches liées à des expressions telles que « AI travel assistant », « AI concierge » et « AI flight booking ». Les outils basés sur l’IA sont de plus en plus utilisés pour combiner des informations sur les destinations, les vols, les hôtels, les cartes, les restaurants et les activités afin de construire des voyages plus personnalisés.
Parmi ceux qui envisagent d’utiliser l’IA, les usages les plus fréquents sont :
recevoir des recommandations : 75 %
construire un itinéraire : 70 %
trouver des idées et de nouvelles destinations : 69 %
comparer plusieurs possibilités : 55 %
réserver directement : seulement 13 %
Cette différence est importante.
Aujourd’hui, l’IA est surtout utilisée pour l’inspiration, la découverte et l’organisation, beaucoup moins pour effectuer directement la réservation.
L’intelligence artificielle devient-elle un nouvel agent de voyage ?
Pas encore, du moins pas au sens traditionnel du terme.
Une agence de voyage reste un professionnel avec des responsabilités, des compétences et des services spécifiques.
L’intelligence artificielle joue aujourd’hui un autre rôle : elle agit surtout comme assistant de recherche, de planification et d’aide à la décision.
Elle peut aider un voyageur à comparer des destinations, organiser un itinéraire, évaluer les temps de trajet, identifier des restaurants ou des expériences et adapter les suggestions à ses préférences.
Certains outils vont déjà plus loin.
Gemini, par exemple, peut combiner des informations provenant de Google Maps, Flights et Hotels pour construire des itinéraires personnalisés et tenir compte de préférences ou de réservations existantes. Google développe également des fonctions permettant de comparer les prix et les disponibilités directement dans les interactions avec l’IA.
Les entreprises du tourisme évoluent elles aussi dans cette direction. Omio, par exemple, travaille sur des expériences de recherche conversationnelle destinées à faire évoluer la recherche classique vers des parcours plus personnalisés et directement réservables.
La frontière entre recherche, recommandation et réservation devient donc de moins en moins nette.
De la recherche à la conversation
C’est probablement là que se trouve le changement le plus significatif.
Un moteur de recherche traditionnel répond principalement à des mots-clés.
Une conversation avec l’IA peut, elle, évoluer étape par étape.
« J’aimerais visiter une cave près de Cagliari. »
Puis :
« Je préférerais une petite expérience. »
« J’aimerais aussi visiter les vignes. »
« Nous n’avons que la matinée. »
« Nous sommes surtout intéressés par les cépages locaux. »
« Nous avons une voiture. »
À chaque question supplémentaire, la recherche devient plus précise.
Et c’est précisément dans ce type de recherche que peuvent apparaître des expériences locales très spécifiques, qui n’auraient peut-être jamais figuré parmi les premiers résultats d’une recherche générique comme « que faire à Cagliari ».
Une opportunité possible pour le tourisme expérientiel
Pour les professionnels qui proposent des expériences authentiques liées au territoire, ce changement peut être particulièrement intéressant.
Le tourisme expérientiel est souvent difficile à résumer dans une seule catégorie.
Visiter un marché alimentaire avec une personne qui connaît les produits et les producteurs.
Découvrir une cave, puis rejoindre les vignes.
Visiter une fromagerie.
Participer à une dégustation guidée.
Apprendre à préparer une recette traditionnelle sarde.
Toutes ces expériences correspondent très bien à des demandes détaillées et conversationnelles.
Et c’est justement le type de question que les voyageurs peuvent désormais poser à un assistant basé sur l’intelligence artificielle.
Cela ne signifie évidemment pas que l’IA recommandera automatiquement une entreprise en particulier.
Cela signifie en revanche qu’il devient de plus en plus important qu’une expérience soit décrite en ligne de manière claire, précise et compréhensible.
Pour les professionnels du tourisme, la question change
Pendant des années, l’une des principales questions a été :
« Comment faire pour être trouvé sur Google ? »
Cette question reste fondamentale.
Mais il faut probablement commencer à en ajouter une autre :
« Lorsqu’un voyageur demande à l’IA exactement le type d’expérience que je propose, mon activité peut-elle apparaître dans la réponse ? »
Cela change aussi notre manière de penser notre présence en ligne.
Il ne suffit plus simplement d’avoir un site internet.
Il faut expliquer clairement :
où se déroule l’expérience ;
combien de temps elle dure ;
à qui elle s’adresse ;
dans quelles langues elle est proposée ;
ce qui est inclus ;
ce qui la rend différente ;
quel aspect du territoire elle permet de découvrir ;
et quelles informations pratiques le voyageur doit connaître.
Plus ces informations sont claires et cohérentes, plus il est facile de comprendre la véritable valeur de l’expérience.
Et cela est utile aussi bien pour les personnes que pour les systèmes numériques qui traitent les informations disponibles en ligne.
SEO et intelligence artificielle ne sont pas deux mondes séparés
On parle de plus en plus de la manière d’optimiser les contenus pour les systèmes de recherche et de recommandation basés sur l’intelligence artificielle.
Mais cela ne signifie pas que le SEO traditionnel devient inutile.
Au contraire.
Un site techniquement accessible, des pages bien structurées, des informations à jour, des contenus originaux, de vrais avis et des mentions provenant de sources fiables contribuent toujours à construire une présence numérique solide.
La découverte via l’IA ajoute simplement une nouvelle dimension conversationnelle.
L’objectif ne devrait donc pas être « d’écrire pour un algorithme ».
Il faut avant tout expliquer clairement ce que nous faisons, où nous le faisons et ce qui rend l’expérience intéressante.
Et la connaissance réelle du territoire ?
Il reste cependant un point essentiel.
L’intelligence artificielle peut collecter, comparer et organiser une quantité considérable d’informations.
Mais une destination n’est pas simplement un ensemble de données.
Elle est faite de saisons, de personnes, d’habitudes, de producteurs, de temps et de relations.
Un marché change au fil de la matinée.
Les vendanges n’ont pas lieu toute l’année.
Un petit producteur peut n’accueillir des visiteurs que certains jours.
Un lieu qui semble très proche sur une carte peut demander plus de temps que prévu pour être atteint.
Et derrière un fromage, un vin ou une recette traditionnelle, il y a souvent une histoire que l’on ne peut pas pleinement comprendre sans connaître le territoire.
C’est pourquoi je ne pense pas que l’intelligence artificielle remplacera la connaissance locale.
Elle peut en revanche devenir l’un des moyens par lesquels les voyageurs la découvrent.
Un changement que nous observons déjà
Pour Le Strade del Gusto, il ne s’agit pas seulement d’une réflexion théorique.
De plus en plus de visiteurs nous expliquent avoir découvert nos expériences après avoir demandé conseil à un outil d’intelligence artificielle.
Il est encore trop tôt pour savoir quelle importance ce canal prendra à l’avenir.
Mais c’est un signal qui mérite d’être observé.
Jusqu’à récemment, la question était :
« Que dois-je taper sur Google pour trouver ce que je cherche ? »
Aujourd’hui, elle pourrait devenir :
« Que dois-je raconter à l’IA pour qu’elle me recommande l’expérience qui me correspond ? »
Et pour les professionnels du tourisme, la question correspondante devient :
« Mon activité est-elle décrite suffisamment clairement pour être recommandée lorsqu’un voyageur cherche exactement ce que je propose ? »
Le voyage reste humain. C’est la manière de le découvrir qui change.
Au fond, un voyage est toujours fait des mêmes choses.
Des lieux.
Des personnes.
Des rencontres.
Des saveurs.
Des histoires.
L’intelligence artificielle ne change pas cela.
Ce qu’elle commence à changer, c’est le chemin qui conduit les voyageurs jusqu’à ces expériences.
Et peut-être que l’une des transformations les plus intéressantes du tourisme dans les prochaines années ne concernera pas seulement la manière de réserver.
Elle concernera la manière dont nous décidons ce qui mérite d’être vécu.







